( 28 mars, 2011 )

Mankell adulte/enfant

Henning Mankell. J’entends beaucoup parler de cet auteur suédois que j’ai aperçu notamment lors du dernier Salon du Livre. Mais je ne l’avais jamais lu (ou en tous les cas, si le nom de l’inspecteur Wallander ne m’est pas inconnu, le livre que j’aurais lu ne m’a pas laissé un souvenir impérissable). Ce qui m’intriguait tout particulièrement c’est qu’il est autant un auteur jeunesse reconnu qu’un maître du roman policier pour adulte.

Curieuse, j’ai donc choisi de lire un de chaque. Mon choix s’est porté sur Les chaussures italiennes (je ne suis pas très polar) et La société secrète.

Je ne peux pas dire que je vais être fan mais l’écriture est plutôt habile, lente comme le récit. Les chaussures italiennes surprennent un homme mûr, ancien chirurgien orthopédiste, qui s’est exilé depuis des années sur une île déserte après une grave erreur professionnelle qui ne sera expliquée que bien plus tard. Il ne fait rien à part creuser chaque matin un trou dans la glace pour s’immerger dans l’eau glacée, une sorte de rituel de purification. Ses seuls échanges se font avec un vieux chien et une vieille chatte et le facteur qui fait la tournée. Mais un jour, l’amour de jeunesse qu’il a abandonné du jour au lendemain sans un mot, Harriet, vient demander des comptes. Mourante, ne se mouvant qu’à l’aide d’un déambulateur, elle exige qu’il tienne une promesse qu’il lui a faite, l’emmener voir un lac forestier dont il lui avait longuement décrit les merveilles.

On ne peut pas dire que Mankell soit tendre avec son personnage. C’est un anti-héros dans toute sa splendeur qui cumule les tares : incompétence, lâcheté, indiscrétion… Un ours mal embouché qu’il est difficile de prendre en sympathie.

Et pourtant, il lui offre une seconde chance. La possibilité d’une rédemption que son personnage saisira. Grâce à Harriet qui ne l’a jamais oublié (ni cessé de l’aimer d’ailleurs), il va de nouveau se confronter aux autres et osera (enfin) affronter ses erreurs et tenter un tant soit peu de les réparer.

Il y a notamment une scène merveilleuse où il offre une fête à Harriet au premier jour du printemps. Une aube qui ressemble à un crépuscule, humainement incroyablement chaleureuse au point que le lecteur a le sentiment d’être attablé avec si bonne (et pourtant si improvisée) compagnie.

La société secrète, pourtant destinée à un jeune public, n’est guère plus gaie. Le livre raconte l’histoire de Joël, 11 ans. Il vit seul avec son père, sa mère ayant pris depuis si longtemps la poudre d’escampette qu’il n’en a plus le souvenir. Un sujet sensible, impossible à aborder. Ancien marin, son père devenu bûcheron est un homme taciturne qui s’isole dans l’écoute de sa vieille radio ou dans la bouteille certains soirs de grosse déprime. Pour donner un sens à sa jeune vie si floue, le jeune Joël décide de fonder une société secrète. Quand son père s’endort, il se lance dans d’obscures quêtes nocturnes, à la recherche d’un chien mystérieux. Au cours de ses errances, il fait d’étranges rencontres, un gosse de riche encore plus perdu que lui, une femme sans nez, un insomniaque libéré après de longues années à l’asile. Chacun a sa manière lui donnera des clés pour se construire et finalement rétablir la communication avec son père.

Vous l’avez compris, Mankell s’attarde sur des personnages qui ont des bleus à l’âme, victimes ou coupables. Il les accompagne dans le lent et difficile chemin du retour à la vie, en soulignant l’importance des autres dans la reconstruction, même si celle-ci ne peut venir que d’eux-mêmes.

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