( 9 mars, 2010 )

Découverte d’Edgar Hilsenrath

Je n’ai jamais pu passer le premier tiers des Bienveillantes, trop de Oberstrumfuhrer et compagnie pour moi. En revanche, j’ai lu assez vite Le Nazi et le Barbier d’Edgar Hilsenrath. Comme dans le premier ouvrage, il s’agit de voir la Seconde Guerre Mondiale à travers les yeux d’un bourreau, le génocidaire Max Schulz. Mais avec une folie et un brio qui facilite la lecture.

Fils d’une femme aussi diforme que légère et de père inconnu, battu et violé par son dernier beau-père en date, le jeune Max se lie d’amitié avec le fils d’un coiffeur juif, Itzig Finkelstein. Autant Max a l’air d’une caricature de juif avec ses yeux de grenouille et ses lèvres charnues, autant Itzig a le profil aryen, blond aux yeux bleus. Grâce à celui qui devient vite son meilleur ami, Max atteint un niveau d’études inespéré et renonce finalement à l’université pour suivre Itzig au salon de coiffure de son père. Ce dernier prend le jeune homme sous son aile et l’initie tant à l’art de la coiffure qu’aux rites juifs. Mais voici que l’avènement d’Hitler va faire basculer Max du statut de bâtard à celui d’aryen de race pure. Reconnaissant, Max s’enrôle rapidement dans les SS et oublie ses amitiés juives. Il sévit avec enthousiasme dans les missions d’extermination qui lui sont confiées. Mais voici que la victoire des Alliés renverse une fois de plus les rôles. Max prend alors le nom d’Itzig Finkelstein et embrasse la cause juive au point de s’engager en Palestine dans la Haganah et de lutter au péril de sa vie pour l’instauration d’un  Etat juif.

Vos yeux s’équarquilleront au fur et à mesure que vous avancerez dans ce livre complètement fou, écrit par un Allemand né en 1926. Cru tant dans la forme que dans le fond, il peint un personnage qui oscille entre bêtise et intelligence. Certes, Max enfant n’est pas une lumière mais il se montre toutefois capable d’apprentissage. Les extrémités qu’il atteindra aux différents stade de la vie le conduiront inexorablement vers une forme de folie. Deux personnalités cohabitent en lui : le génocidaire Max Schulz et la victime juive Iztig Finkelstein. Une dualité impossible entre le beau et le laid, le bourreau et la victime, l’imposteur et le disparu, le propagande et la foi.

Au cinéma, à voir Une éducation, ne serait que pour voir les inombrables facettes de Carey Mulligan, une jeune actrice à suivre. Elle y incarne Jenny, une lycéenne brillante, pressentie pour obtenir une bourse pour Oxford dans les années 60, en dépit du milieu modeste dont elle est issue. Un destin tout tracé que l’arrivée d’un homme plus âgé va bouleverser. En dépit de son jeune âge, Jenny va être confrontée à des choix d’adulte. Vraiment finement joué et bien rythmé. La seule erreur du film est  de ne pas s’arrêter au bon moment.

 

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